Voilà ce que raconte Maurice HOEL, qui fut longtemps président de l'associaton, sur "la ferme d'Antan," au chapître XXXI du livre, paru en 1990 :
CREUSE, VILLAGE D'ANTAN... et d'aujourd'hui,
Les bâtiments, qu'à Creuse on appelle communément "la ferme du château" datent de la fin du XIXème siècle. En 1878, le château et l'ancienne ferme furent vendus par la famille de TOURTIER.
La ferme était alors louée à M. Delaplace. Elle se composait de bâtiments relativement réduits et anciens, et de 70 hectares environ, ce qui à l'époque, était important. La maison d'habitation se trouvait à l'emplacement actuel du tas de fumier.
En mai 1878, comme cela a été relaté par ailleurs, Joseph FAMECHON, arrivé de Roubaix, signait l'acte d'achat. Il devait entreprendre une reconstruction complète de la ferme. En 1890 une cérémonie célébra le renouveau de cette exploitation agricole.
C'était une "ferme modèle" dont le style ne rappelait pourtant, en aucune manière, les exploitations picardes traditionnelles.
A cela deux raisons :
- La première serait que son architecte, un parent de Joseph FAMECHON originaire de du NORD avait plutôt l'habitude des bâtiments industriels.
- La seconde, plus évidente, étant que tout l'ensemble était orienté vers la rationalisation et l'organisation du travail, notions qui nous sont maintenant familères, mais qui à l'époque, font honneur à l'esprit novateur de Joseph FAMECHON.
Déjà une ferme modèle en 1880
Lorsque vous arrivez à la grande ferme de Creuse, ses petits toits en dents de scie vous font penser aux bâtiments d'usine que vous avez déjà vu dans la région (vallée de la Nièvre et de la Selle, Flixecourt, Saleux) et vous êtes perplexe.
La ferme est, en effet, un rare exemple d'architecture agricole réalisé dans la deuxième moitié du XIXème siècle qui connut surtout un grand essor industriel. D'où une influence certaine, que souligne le type de toitures de plusieurs bâtiments :
écuries, chambres des ouvriers, à gauche du bâtiment, logement, hangar à récoltes (actuelle salle des fêtes de la commune de Creuse), charretterie qui fermait la cour du côté de la mare (bâtiment vétuste, maintenant démoli).
Cette influence se retrouve dans la disposition des bâtiments principaux, qui fait apparaître une recherche évidente d'organisation du travail à la ferme s'inspirant de celle appliquée dans l'industrie et se développant suivant deux critères :
d'une part, la division du travail
d'autre part, l'économie d'énergie humaine ou animale.
Ces principes nous les retrouvons, dès 1880 à la ferme de Creuse, bien avant ce qui fut appelé la "taylorisation" du travail au début du XXème siècle.
La cour de la ferme avec le logement du chef de culture(5) qui regarde l'entrée, sa laiterie, son four à pain (6), sa cuisine (7) pour les repas des ouvriers (une trentaine au moment des moissons) ses écuries (1) importantes (une vingtaine de stalles, avec un lit suspendu pour deux charretiers chargés de la surveillance des chevaux et surtout des poulinières), sa grange (8), sa charretterie (4), son fumier central.
Une très grande étable (9) pour vaches laitières en 2 rangées avec une longue auge centrale :, une étable pour les veaux (10), une fosse (11) à betteraves fourragères et pommes de terre de très grande capacité couverte de paille l'hiver pour éviter le gel ; un manège (12) entraîné par 4 chevaux pour actionner les différentes machines : batteuses, hache-paille, aplatisseur à avoine, broyeur à betterave fourragère, grugeoir à pommes à cidre.
Pour la cour de la ferme : tout tourne autour du fumier. Les distances sont réduites : fourrage au-dessus des écuries, avoine dans le grenier de la grange voisine.
Pour l'élevage : tout est conçu de façon rationnelle pour une production importante de lait, beurre, viande(veaux) ; manutention réduite et circuits courts ; fourrage dans le grenier au-dessus de l'étable ; betteraves fourragères dans la fosse voisine, portées au broyage près du manège; paille pour les litières dans le grand hangar situé au-delà du manège.
L'architecte et Joseph FAMECHON ont donc eu le souci de concevoir une ferme fonctionnelle, orientée surtout vers l'élevage, exemplaire pour l'époque.
Alors qu'au milieu du XIXème siècle, la construction de beaucoup de maisons particulières et de bâtiments de ferme était faite en torchis, ils ont choisi un matériau plus noble : la brique.
Enfin les bâtiments ont été édifiés à proximité du château et de la mare, réserve naturelle d'eau pour les bêtes, dans un village où les puits sont rares et profonds (30 à 40 mètres) : un puits pour l'eau potable au château, un à la ferme, un pour les habitants du village, face à la mairie, au milieu du carrefour.
Une ferme sur le déclin
Rachetés en 1902 par Raoul VIOLETTE, les bâtiments de la ferme, ne semblent pas avoir été très entretenus au fil des années. Raoul Violette était plus un éleveur, herbager et négociant en bestiaux, qu'un cultivateur et un organisateur comme Joesph FAMECHON. Et les malheurs familiaux de sa fille Elisabeth, surtout après la mort de son fils en 1944 n'arrangèrent rien.
Si l'exploitation a continué, vaille que vaille, les bâtiments se sont dégradés et certains, même, se sont irrémédiablement éffondrés.
Les Amis de la Ferme d'Antan
C'est donc une une exploitation en très mauvais état que "les Amis de la Ferme d'Antan" ont trouvé à leur arrivée à Creuse, début 1986.
Mais qui sont "les Amis de la Ferme d'Antan ?"
Il s'agit, tout simplement, d'une association créée à Amiens en 1983, par une équipe de "copains", passionnés par les matériels agricoles d'avant-guerre et un peu nostalgiques de l'agriculture de leur jeunesse.
Retrouver des matériels anciens, les "retaper", les faire fonctionner, était déjà leur passion, avant 1980, au sein du Comité des oeuvres sociales de la ville d'Amiens où ils sont devenus employés, agents, pompiers...
Et petit à petit l'idée a germé de présenter tous ces matériels ainsi que le cheptel (chevaux, chèvres, animaux de basse-cour) qu'ils avaient rassemblés, au public et surtout aux enfants qui ne les connaissaient guère.
Puis ce fut une collaboration, décidée lors du concours agricole de BUSSY-LES-DAOURS en 1980, avec la "Fédération des Syndicats d'Exploitants Agricoles de la Somme".
Enfin, en 1983, la création d'une association spécifique - type 1901 - dont les statuts précisent bien l'ambition : "la création et la gestion, à Amiens ou dans les environs, d'une ferme pédagogique et d'un musée de matériels agricoles" et "l'accueil des enfants pour les sensibiliser aux problèmes de la nature".
Mais il fallait trouver des locaux appropriés. Ce fut une quête difficile, jusqu'au jour où, Maurice HOËL étant devenu président de l'association, se présenta en 1985, l'opportunité d'acquérir "la ferme du château de Creuse" après le décès de sa propriétaire.
Il fallait trouver aussi les fonds nécessaires, car l'association n'était pas riche ! Ce fut finalement possible grâce à une extraordinaire conjonction de bonnes volontés et aux aides apportées par le Conseil Général de la Somme, le Conseil Régional de Picardie, la commune de Creuse, l'ensemble des organisations agricoles du département, puis par une souscription lancée dans le public.
Les bâtiments furent ainsi acquis en mars 1986, permettant aux "Amis de la Ferme d'Antan" de s'installer à CREUSE.
Depuis cette date, la Ferme d'Antan est ouverte au public, la propriété ne comportant, peut-être faut-il le préciser, que les bâtiments et les 46 ares de terrains sur lesquels ils sont édifiés.
Dès l'arrivée à Creuse
Il fallu procéder aux travaux de restauration les plus urgents. Les toitures étaient en mauvais état, les gouttières aussi, les planchers souvent pourris, les caves dégradées, la cour pleine de boue...
Ce fut l'oeuvre des bénévoles de la "Ferme d'Antan" et d'une dizaine de 'TUC" pleins de bonne volonté. Jour après jour, soir après soir, week-end après week-end, ils effectuèrent les travaux les plus urgents et rendirent la Ferme accessible au public. Dès le début celui-ci se montra très intéressé et afflua les dimanches de beau temps, à la Fête de la Nature en Mai, et aux journées Picardes organisées en septembre.
Puis ce fut l'apport décisif, début 1988, de la Fondation des pays de France et du Crédit Agricole de la Somme, (avec une subvention de 300000 F, complétée par un emprunt de 150000 F,) qui permit de consolider les granges et écuries, de refaire totalement leurs greniers, de remblayer la cour, d'assurer les assainissements nécessaires.
Tous les travaux grâce auxquels il est aujourd'hui possible de recevoir des enfants dans des conditions de sécurité et de confort très améliorées.
Quelques photos pour illustrer ces grands travaux vous montrent la ferme d'hier et d'aujourd'hui.
Un programme ambitieux, sur cinq années - 1986-1991 devait permettre de parachever la réhabilitation complète de cet élément original de notre patrimoine agricole picard.
La Ferme des enfants et du public où il fait bon venir,
Si "la Ferme d'Antan" a pu progresser plus vite qu'il n'était initialement prévu, c'est que dès le départ, elle a connu l'affluence des scolaires et du public. On ne pouvait les décevoir.
En 1987, elle a reçu, en semaine plus de 150 groupes : dont 4000 enfants des écoles, 1000 des centres aérés avec leurs accompagnateurs. Et près de 10000 visiteurs en week-end.
En 1988, on atteignait les 20000 visiteurs dont 8000 scolaires et, pour 1989, le cap des 25000 est franchi avec 10638 scolaires.
Avec la proximité d'Amiens et l'originalité de ses prestations, "la Ferme d'Antan" attire donc un nombreux public. Il faut dire aussi qu'un effort particulier a été réalisé, grâce aux collaborations de l'Inspection Académique, des enseignants du lycée agricole du Paraclet et de la Jeunesse et des Sport, pour accueillir les scolaires : panneaux explicatifs, bibliothèque animalière pour les enfants...
Enfin l'action pédagogique et culturelle se développe, également, en direction du grand public.
A ce titre, l'association fut agrée en 1989 comme association d'éducation populaire.
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Après quelques années seulement de présence à Creuse, "la Ferme d'Antan" se présentait déjà comme :
* un musée vivant de l'agricultureavec tous les animaux de la ferme : chevaux, poneys, ânes, vaches, moutons, chèvres, porcs, lapins, coqs, poules, oies, canards, dindes, pintades, paons, pigeons, chiens... plus de 200 sujets en semi liberté;
avec tous les matériels anciens : pour le travail du sol, les récoltes, les battages (piétineuse), les transports, les premiers tracteurs, les vieux métiers...
* un lieu de rencontre et de convivialitépour les enfants et les parents, les scolaires, les seniors et les touristes.
* un centre d'expositions et d'animationsexpositions sur les villages picards, la forêt, le Millénaire, le cidre, les moulins, des jeux picards...
* un lieu d'éducation populaireavec l'accueil des groupes divers, une bibliothèque pour enfants, des activités d'édition, et la sensibilisation aux problèmes d'environnement avec les animations du CPIE...
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"La Ferme d'Antan" constitue, à notre connaissance, la seule réalisation de cette nature et de cette importance existant en France, sous une forme vivante avec autant de cheptel.
Elle a permis de sauvegarder, puis de restaurer un élément original et précieux de notre patrimoine agricole picard.
Tout cela, grâce au travail de bénévoles passionnés.